Synthèse d’échanges sur Architecture et Handicap

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Fiche Main Courante N°524

Synthèse d’échanges sur Architecture et Handicap

par Rédaction le 2 mars 2007

Résumé

Le 27 septembre 2006 s’est tenu à Paris, à l’initiative de Jean-François CHOSSY, député de la Loire et rapporteur de la Loi du 11 février 2005, des rencontres sur le thème Architecture, Ecole, Emploi : vers un nouvel âge du handicap.

Synthèse des points évoqués

Détails : En voici quelques extraits en lien avec l’approche « Design pour tous » appliquée à l’architecture de nos espaces de vie :

Maurice SOKOL, (architecte urbaniste, représentant de l’ordre des architectes auprès du Ministère de l’Equipement et du Logement) : « … Si l’on compte tous ceux qui peuvent se trouver dans une réelle situation de handicap, c’est 35 % de la société française qui est concerné, et cela va en croissant, avec le vieillissement de la population. Avec de tels chiffres, on comprend que ce sujet soit une priorité. C’est un poids qui repose aussi sur les épaules des architectes mais il ne s’agit pas d’une contrainte. Il s’agit plutôt d’un aiguillon pour évoluer vers un mieux-être et un mieux-vivre… Il est vrai que la prise en compte du handicap a un coût aujourd’hui. Mais demain, ce coût sera réduit dans la mesure où on aura industrialisé les produits nécessaires. Quelques années plus tard, les bâtiments ainsi construits seront adaptés pour tous et profiteront à tous au même titre que la télécommande aujourd’hui. »

Fionnula ROGERSON, (architecte irlandaise dirigeant un groupe de travail de l’Union Internationale des Architectes sur le programme Architecture pour Tous) : « … Toutes les nouvelles habitations doivent être visitables par les personnes handicapées. …Des cours de formation ont été mis en place depuis plusieurs années, et il est apparu clairement que ces sessions étaient particulièrement efficaces lorsque des personnes handicapées y participaient. Plusieurs prix ont été créés afin de récompenser les projets exemplaires depuis quelques années. L’Ordre des Architectes décerne chaque année un prix du bâtiment le plus accessible. Cette année, le prix a été décerné à un groupe d’architectes ayant œuvré sur une ensemble de bâtiments en Irlande du nord. L’élément le plus important, selon le jury, tient au fait que le visiteur n’a jamais le sentiment de se trouver dans un lieu où des critères spécifiques ont été mis en œuvre pour permettre un niveau d’accessibilité exemplaire. »

Fabrizio ASTRUA, (ingénieur et professeur en architecture à l’Ecole polytechnique de Turin, directeur des études spécialisées en Universal Design) : « La conception universelle suppose de reconnaître et d’appréhender l’espace au travers des cinq sens : stimuler les sensations olfactives (revêtements en bois résineux), tactiles (textures différentes) et visuelles (utilisation des couleurs et de la lumière)… En matière d’orientation des personnes, la conception de l’école d’Helsinki, a donné lieu, par exemple, à la création de couloirs multi-sensoriels au moyen notamment de revêtements spéciaux. A l’hôpital de Vicenza, un travail sur les formes et les couleurs a été mis en œuvre pour améliorer les conditions de séjour des personnes handicapées mentales de cet établissement. A Turin, la muraille du Po peut désormais être visitée au travers d’un parcours sollicitant les cinq sens . »

Joe A.MANSER, (directeur du centre suisse pour la construction adaptée aux handicapés à Zurich, membre du comité d’experts pour le « european manual for an accessible built environment » : « D’après moi, l’accessibilité doit être partout organisée de sorte que l’on ne se pose même plus la question de savoir si un site est adapté ou non…..Nous avons constaté qu’une conception pertinente sur le papier n’était pas suffisante. Il apparaît en effet, au vu de notre expérience, que chaque projet doit bénéficier de l’appui d’un spécialiste en accessibilité, susceptible d’apporter un conseil ou de contrôler les réalisations. Sur la base de cette expérience, des guides techniques ont été élaborés et regroupés dans un classeur qui est aujourd’hui diffusé gratuitement à l’ensemble des architectes suisses… Grâce à nos 22 groupes de lobbying et de conseil régional, nous avons fourni 5000 explications sur demande, 3000 conseils en projet et avons effectué 300 à 400 oppositions (possibilité de recours légal pour toute personne ou personne morale constatant l’absence d’accessibilité d’un bâtiment du pays). En conclusion, chaque pays a besoin d’une stratégie spécifique, assortie d’une démarche de marketing, pour favoriser l’accessibilité, en s’appuyant sur un centre de compétences entièrement consacré à l’organisation de cette tâche. L’intervention de professionnels spécialisés, connaissant le contexte local, nous paraît en effet indispensable et nous estimons que chaque spécialiste peut apporter au maximum 700 conseils par an. Si les situations sont naturellement différentes d’un pays à l’autre, je suis certain que l’on peut vendre l’accessibilité comme des produits de grande consommation à condition de disposer d’une structure marketing adaptée. »

Louis-Pierre GROSBOIS, (architecte, vice-président du Coliac, Comité de liaison pour l’accessibilité du cadre bâti et des transports) : « J’ai toujours pensé que l’accessibilité était bien plus qu’une question technique mais relevait plutôt de l’attitude professionnelle de l’architecte qui doit apporter une réponse. En conséquence , ce changement d’attitude doit s’opérer au niveau de la formation. En 2001, une résolution européenne signée par 18 pays dont la France, a exigé la prise en compte, dans les cursus de formation, entre autres des architectes, des principes de la conception universelle. Or les textes sont bien précis : l’enseignement doit se développer sur trois cycles : la sensibilisation aux problèmes pour les étudiants, l’inscription dans les projets d’architecture et l’approfondissement technique… Je reconnais qu’il existe un retard indéniable de la France en terme de formation au regard de nombre d’autres pays européens, retard qu’il convient de combler. »

Soraya KOMPANY, (architecte-urbaniste, chef du cabinet du délégué interministériel aux personnes handicapées) : « L’article 41 de la Loi du 11 février 2005 précise que la formation initiale des architectes et des professionnels du cadre bâti est obligatoire, un décret en Conseil d’Etat, devant préciser la liste des diplômes concernés… Cette formation spécifique devra concerner les diplômes des professionnels du cadre bâti au plus tard en 2007, selon les termes de la Loi. Il faut aussi souligner l’avancée majeure que constitue l’inclusion, dans l’article 41 de la Loi, du principe d’accessibilité pour tous. … Pour la première fois, la loi introduit la notion de l’accessibilité et de confort pour tous qui permet aux professionnels d’aborder la question sous un angle bien plus large. Ce principe porte deux ambitions : le respect de l’usager, d’une part ; la prise en compte des besoins de tous, d’autre part. Parler du confort d’usage pour tous signifie que toute opération d’aménagement ou toute construction architecturale doit être conçue au regard d’un principe fondamental qui consiste à répondre aux besoins de chacun sans exclusivité ni discrimination. Certes, il est nécessaire de concevoir des aménagements spécifiques pour les besoins générés par certains types de handicap. Mais au-delà de ces situations exceptionnelles ; l’accessibilité concerne tout le monde. La société est composée d’individus qui sont porteurs de diversité et de disparité de situation. Le principe de non discrimination consiste alors à concevoir de l’accessibilité de sorte qu’elle soit pour tous. La loi insiste sur la nécessité de prendre en compte le projet de vie de la personne. Il ne s’agit pas de construire et d’aménager d’un côté pour les personnes valides et de l’autre pour les personnes handicapées. Il s’agit précisément d’éviter la stigmatisation et le postulat selon lequel l’accessibilité renvoie au handicap. »

Plus trois citations proposées par Maurice SOKOL en conclusion :

« Si l’architecture ne s’inspire pas de la vie et des exigences des hommes, elle perdra de sa spontanéité, de sa capacité d’animation et de sa fraîcheur. Elles ombrera au niveau du simple raisonnement stérile et cessera d’être un art » Otto Wagner - 1895

« Si l’on estime qu ‘avant d’être architecte, on est d’abord être humain ; il faut avant de penser architecture penser humain » Tadao Ando - 1993

« L’homme propose, les scientifiques inventent, les technologies s’adaptent » D.A.Norman - 1996


modifie le 17 novembre 2008
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